Modification de l'estimation Ecole D'AVIGNON...

Lot 41
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20 000 - 30 000 EUR

Modification de l'estimation Ecole D'AVIGNON...

Modification de l'estimation Ecole D'AVIGNON , fin du XVe siècle
Noli me tangere 
Peinture à l'huile ? sur panneau de noyer 
123 x 124 cm
ETAT
Panneau constitué de deux planches grossièrement débitées portant encore les traces d'outils au revers. Restauration : sur le côté gauche,  remplacement d'une partie du panneau par une baguette de bois  de 3cm de large sur 86,5cm de haut. 
Surface picturale : usures et manques  visibles. Cette surface a conservé ses mesures d'origine comme en témoigne sur le pourtour du panneau la barbe de peinture formée à la jonction de l'ancienne moulure du cadre actuellement disparue. Cette disparition ne peut pas nous assurer de la fonction d'origine  de ce tableau (panneau unique ou centre de triptyque ?) 
La scène illustre le passage de l'évangile de saint Jean, XX, 15-18
Au lendemain de la Passion, les saintes femmes se rendent au tombeau du Christ pour l'embaumer. Marie Madeleine voyant un homme près du tombeau le prend pour le jardinier  et lui demande où est son maître. C'est le Christ ressuscité qui répond : " Ne me touche pas, vas vers mes frères "
Le peintre a reproduit ce passage en le plaçant sur fond de ciel lumineux dans un paysage montagneux figurant à gauche le Golgotha  que gravissent deux petits personnages. Au sommet se profilent les trois croix nues. A droite, dans le fond, se situe l'anfractuosité rocheuse du tombeau vide devant lequel  saint Jean, la Vierge et une sainte femme éplorés apportent le flacon d'onguent pour l'embaumement. Au premier plan, séparée par une palissade tressée se déroule la scène proprement dite décrite par saint Jean au milieu d'une végétation fleurie que domine à gauche un grand oranger. 
Plusieurs caractères de style composite ont sans doute présidé à l'élaboration de ce tableau inédit jusqu'ici. 
On est d'emblée frappé par l'ampleur du paysage, l'espace  et la luminosité de l'œuvre et dirigé vers les modèles produits par les grands artistes au service des dignitaires royaux, civils et ecclésiastiques  de Provence peu avant le milieu du XVe siècle .
Les éléments constitutifs de l'œuvre  tels que l'essence du bois, le format carré du panneau, ses dimensions importantes, la composition plaçant au premier plan le sujet principal pour reléguer plus au loin les épisodes secondaires, l'attention particulière à l'éclairage créant de fortes zones d'ombres et de lumière et  l'attitude des personnages, tout ceci nous évoque les œuvres des grands artistes tels que Barthélémy d'Eyck, Enguerrand Quarton, Lieferinxe ou Nicolas Froment.  Ces artistes originaires du nord de la France ayant fui cette région lors de troubles politiques  vinrent travailler sur les bords du Rhône à partir du milieu du XVe siècle environ où, à partir de 1437, s'installe à Aix le roi René d'Anjou. (cf. M. Laclotte, D. Thiebaut, L'Ecole d'Avignon,  Paris 1983).
Dans cette ville, l'auteur de notre tableau a dû être frappé par la grande Annonciation de la cathédrale  peinte par Barthélémy d'Eyck vers 1443-1444 dont les revers des volets traitent du même sujet (cf. Thiebaut op.cit. n°48, repr.) : en témoignent la reprise de la position agenouillée de la Madeleine, sa longue chevelure ondulée et étalée sur ses épaules, la haute stature du Christ, la manière de draper son  long manteau sur le torse à demi-nu laissant visible le stigmate costal, et dans les détails, le dessin des mains aux doigts puissants. 
Mais l'artiste confère au Christ une attitude plus statique appuyée sur  la longue bêche plantée en terre arrêtant l'élan dynamique de la Madeleine ;  les expressions des deux protagonistes diffèrent totalement de leurs  alter ego d'Aix.  Le Christ offre ici un visage oblong encadré d'une barbe et d'une chevelure bifides mettant en exergue le haut front dominant un long nez et une petite bouche cernée d'une fine moustache ; le regard  dont les yeux cernés accusent la souffrance passée confère  une douceur d'expression et de compassion envers la Madeleine évoquant des éléments de style plus nordiques, plus proches de la peinture flamande contemporaine.
De même, le visage de la sainte Madeleine plus rond, les yeux globuleux, le nez retroussé, les lèvres épaisses rappellent la phase plus réaliste de l'art flamand  dont témoignent encore les personnages plébéiens  de l'art du nord (parmi  de nombreux autres,  citons les donateurs du diptyque de la Vierge et l'Enfant  du Maître de la Légende de Sainte Ursule vers 1486 (Bruges Musée Groningue, n°5004-5004bis).  Ce côté vériste mêlant à la fois dignité ou caractère populaire, s'attachant  à la représentation  minutieuse des objets et de la végétation  évoquant ici les tapisseries des Mille Fleurs, appartient en propre aux artistes des Flandres dont l'auteur encore anonyme de notre panneau dut être originaire. Comme de nombreux autres artistes nordiques de cette époque c'est en Provence qu'il il dut s'installer vers la fin du XVe siècle et réaliser ce Noli me Tangere , jusqu'ici œuvre unique connue de son catalogue. 
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